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Figures du deuil et du photographique.
novembre 2025

Dans cet ouvrage il est question de trois films-essais qui se sont imposés à leurs auteurs comme des nécessités face à une mort annoncée ou la douleur d'un deuil. Naomi Kawase affronte la mort prochaine de son ami, Alain Cavalier incarne un homme blessé par la douleur de l'être aimée et David Perlov commence un journal alors qu'éclate la guerre de Kippour. Les trois cinéastes usent de la photographie de manière différente, mais dans les trois cas, celles-ci apparaissent comme des figures de deuil. Le photographique y déconstruit une logique mortifère et permet de penser un passé traumatique.
*"Déjà autrice d'un ouvrage sur Sarabande qui examinait la photographie de la morte au coeur de l'ultime film de Bergman, Isabelle Rèbre continue sa visite des chambres claires, ici celles de Naomi Kawase, Alain Cavalier et David Perlov à partir de trois de leurs-films-essais "mettant en scène leur intériorité". Nourrie par les écrits de Bazin, Barthes, Sontag ou Bellour, qui ont pensé le photographique au sein du déroulement filmique, elle propose d’analyser au cinéma non pas « le travail de deuil » mais plutôt ce que Jean-Benoît Pontalis a appelé « *jeu de deuil *», un « agencement des traces mnésiques à l’endroit où s’est figé un arrêt sur image ». *C’était déjà le paradoxe de Sarabande : une image fixe peut remettre en mouvement les personnages ; une coupe n’équivaut pas mécaniquement à l’arrêt de mort (...) La précision et la sensibilité des descriptions ne rendent pas absolument nécessaire d'avoir vu la très belle *"Danse des souvenirs" où Kawase suit à la mort annoncée d'un photographe qui l'a convoquée pour filmer son agonie ou le radical "Ce répondeur ne prend pas de messages", qui voit Alain Cavalier, le visage caché de bandelettes, peindre en noir l'intégralité de son appartement après la mort de sa femme ; ou encore « Diary 1973-1983 » de David Perlov. Chez les trois, la fenêtre matérialise une frontière poreuse entre le dedans et le dehors, presque un lieu de passage entre les vivants et les morts. (…) A l’issue de cette *traversée, les cinéastes du deuil apparaissent comme des cinéastes du seuil ».
Charlotte Garson, Les Cahiers du cinéma, janvier 2026
"Figures du deuil et du photographique. Formes du film-essai chez Naomi Kawase, Alain Cavalier et David Perlov", Bruxelles, Collection Palimpsestes, Editions La Lettre volée.